Gilets jaunes : Le temps du débat avant l’acte 9.

Depuis deux mois, le mouvement des « Gilets jaunes » a envahi notre antenne comme celles de toutes les chaînes d’information continue. Face à un phénomène aussi protéiforme et difficile à cerner, la rédaction s’est mobilisée pour essayer d’informer nos auditeurs le plus honnêtement possible. Sur le terrain nos reporters sont comme tous les journalistes confrontés à des difficultés croissantes : Violence à l’encontre des médias, expression d’une colère dont nul ne discute la légitimité, mais qui ne parvient pas à se transformer en pensée rationnelle comme dans les autres mouvements sociaux, expressions d’idées extrêmes, xénophobes, antisémites, homophobes, ouvertement séditieuses. Cette situation inédite nous oblige à redoubler de vigilance dans le traitement qui est le nôtre.

La première question que nous devons débattre ensemble est celle de la place donnée à ces événements sur l’antenne. Au plus fort de la mobilisation, et même si le ministère de l’intérieur minore sans nul doute les chiffres, il y’a eu 250 000 manifestants. Bien moins que lors des manifestations contre la loi travail sous François Hollande. Lors de l’acte 8, samedi dernier, ils n’étaient que 53 000 et nous avons parlé sur l’antenne d’une reprise du mouvement, comme si les chiffres des samedis durant les vacances étaient la bonne référence, alors qu’il aurait fallu comparer avec l’acte 5 et donc constater une baisse. Etait-il, avec une telle mobilisation, nécessaire de multiplier autant les spéciales ? Jusqu’au dimanche matin ? Fallait-il en faire autant sur la garde à vue d’Éric Drouet, alors que le monde continue de tourner et que par la force des choses, d’autres informations sont sous-traitées ou pas traitées du tout ? Nous n’affirmons rien, mais nous nous interrogeons et le temps nous semble venu d’ouvrir le débat dans la rédaction, il en va de notre crédibilité. Nous le savons, le risque d’ « hystérisation » de l’info existe.

La deuxième question est celle des choix éditoriaux. Tous les journalistes qui suivent le conflit depuis le début, y compris celles et ceux d’autres services que le reportage sont nos yeux et nos oreilles sur le terrain. Quand un reporter fait remonter du terrain qu’il ne voit qu’une dizaine de gilets jaunes dans la rue, est-il vraiment nécessaire de lui demander de faire un direct toutes les demi-heures ? Quand on leur demande de mettre à l’antenne des « gilets jaunes » et que bien souvent cette parole dérape, sans contradiction, voire contribue à banaliser des pensées nauséabondes, n’est-il pas temps de lever le pied et de nous demander quels angles précis doivent aborder nos journalistes sur le terrain ?

 

La SDJ de France Info a recueilli ces derniers jours beaucoup de témoignages dans toute la rédaction et exprime ici des interrogations légitimes. Avant l’acte 9 du mouvement samedi, il nous semble indispensable de réfléchir ensemble et de nous fixer des règles précises. La période que nous vivons est complexe, elle nous oblige. Radio de service public, nous devons sans doute plus que jamais marquer notre différence, avec pour seule ligne, le respect : Respect des faits, de notre antenne, de ceux qui la font, de ceux qui l’écoutent.

 

 

 

 

 

 

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