Radio France : la fin de l’indépendance ?

CSA-Logomars

Le journaliste a un nouveau travail : statisticien. Quel candidat ou soutien a parlé, à quelle heure, sous quelle forme, et qui en a parlé? Journalistes, producteurs, animateurs, éditorialistes, chercheurs… tous au rapport ! A celui qui aura le plus ou le moins parlé d’un candidat. Ce sont les nouvelles exigences du CSA. Cataloguer, surveiller… et punir ?

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a décidé de changer les règles qu’il impose aux radios et télés pour la couverture de l’actualité politique.

Les chaînes de radio et télévision devaient, jusqu’à présent, comptabiliser le temps de parole de chaque candidat, le CSA oblige désormais ces médias à tenir compte de chaque « évocation » de prétendant à l’Elysée, y compris dans des éditoriaux, des débats de spécialistes, ou, plus fréquemment, dans la voix des journalistes, papier ou reportage (sauf lorsque ces propos sont jugés défavorables au candidat).

Au-delà de l’aspect logistique – intenable – que demande ce décompte de l’antenne minute par minute, pour ne pas dire seconde par seconde, cette mesure influe sur le contenu de nos antennes de manière inquiétante.

Il est évident que les journalistes du service public sont attentifs au droit de chaque candidat à bénéficier d’une exposition équitable. De fait, la SDJ de Radio France s’alarme des conséquences que peut avoir ce qui s’apparente à une prise de contrôle du CSA sur la liberté de choix de chaque station. Comment défendre sa ligne éditoriale alors que l’on doit rendre des comptes de ce qui se passe à chaque minute dans nos médias respectifs ?

Tout aussi inquiétant, chaque relevé devra être accompagné du nom de l’intervenant qui a mentionné le candidat. Ce qui devait être une mesure d’équilibre tourne au flicage. Comment ne pas redouter une stigmatisation de certains journalistes ?

Est-il vraiment sage de la part du CSA de s’immiscer ainsi dans la ligne éditoriale des antennes ? Ne sommes-nous pas jugés assez responsables pour assurer correctement, via le temps de parole, les expositions de tous les candidats ? Et quid de l’exposition des candidats sur internet, qui n’est, pendant ce temps-là, pas prise en compte ?

Et ce n’est pas tout, le CSA nous a déjà demandé en début d’année de fabriquer des sujets sur la grippe, les élections professionnelles et même le sport féminin ! La SDJ de France Bleu a dénoncé cette pratique intrusive dans les contenus éditoriaux.

La SDJ de Radio France demande au CSA de revoir ses méthodes de calcul, et dit son soutien aux directeurs de rédactions qui refusent de se plier strictement à cette nouvelle règle arbitraire et intrusive.

La SDJ de Radio France

CSA – Journées du sport féminin : la réponse de Jacques Vendroux

 

Nous vous faisons suivre la réponse communiquée par Jacques Vendroux, directeur des sports  de Radio France, suite au communiqué de la SDJ France Bleu sur les instructions du CSA.

 

Suite au communiqué de la SDJ France Bleu je voulais simplement dire, sans entretenir la moindre polémique, que depuis 4 ans qu’existent les journées du sport féminin je n’ai reçu aucun ordre du CSA.

J’ai assisté à toutes les réunions depuis 4 ans comme tous les médias français, il s’agissait simplement de la part du CSA d’un souhait.

Aucun Directeur des différentes chaines n’a reçu de ma part une directive quelconque concernant ces deux jours du sport féminin.

Chacun fait ce qu’il veut et jusqu’à maintenant tout le monde s’est associé au projet en fonction de l’actualité.

Les 11 et 12 février prochains nous passerons sur nos antennes des sujets sur le sport féminin en fonction de l’actualité.

Même du côté de la Présidence, il n’y a eu aucune intervention concernant cette opération.

Jacques Vendroux – Directeur des Sports Radio France

Quand le CSA s’invite à la conférence de rédaction…

Conseil supérieur de l'audiovisuel

 

Nous pensions tous bien connaître le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ? Erreur à la lecture de certaines recommandations de notre illustre organe de contrôle. Le CSA* se donne un champ d’action beaucoup plus large. Il s’autorise désormais à imposer des sujets et la SDJ de France Bleu s’oppose fermement à cette intrusion déplacée !

Prochain exemple en date : les journées du sport féminin les 11 et 12 février. Le CSA demande aux rédactions de Radio France de diffuser des reportages, portraits, ou éclairages avec des sportives. En clair, quelque soit l’actualité « faites de la place pour le sport féminin » nous dit le CSA.

Pourquoi sur ces deux jours en particulier ? Quelle logique éditoriale ? Faut-il signaler au CSA que les rédactions déterminent les angles et les sujets sportifs à la « méritocratie » ? C’est-à-dire en fonction de la portée des performances sans distinctions de sexe. Les exploits de Marie-José Pérec, Amélie Mauresmo et Laure Manaudou et plus récemment Marie-Amélie Le Fur auraient-ils été négligés au point d’inciter le CSA à imposer ces « journées du sport féminin » ? Et en bout de ligne, est-ce rendre service aux sportives de les solliciter pour un reportage sans autre actualité que notre exercice imposé ?

Chaque locale de France Bleu au rapport !

Ces journées du sport féminin seront solidement surveillées. Les rédacteurs en chef des locales de France Bleu sont priés d’envoyer à Paris avant le 3 février la liste des reportages qu’ils comptent réaliser. Ce qui laissera une semaine pour tirer l’oreille aux éventuels élèves indisciplinés. La SDJ s’inquiète par ailleurs de la répétition de ces « recommandations » : lors des élections dans les TPE, là-aussi les rédacteurs en chef ont reçu des consignes pour les traiter et faire parler, avec principe d’équité, les syndicats en lice. L’épidémie de grippe a aussi fait l’objet d’une demande de relevé des reportages diffusés sur les antennes. Le « gendarme de l’audiovisuel » s’improvise-t-il Ministère de l’Information ?

Si nous laissons faire, quels seront les prochains critères ethniques, sociaux ou religieux à privilégier ? En cette année électorale chargée, la SDJ de France Bleu préférerait largement voir le CSA rester dans son rôle de contrôle. Et si possible avec une certaine logique ! Un décompte nous a été imposé lors de la primaire de la Droite et du Centre mais aucune directive pour la primaire de la gauche. Incohérence ? Ou oubli pour mieux préparer les journées du sport féminin ? Mesdames et Messieurs du CSA, laissez les journalistes faire leur travail et déterminer, chaque jour, les sujets et angles pertinents. Ils connaissent leur métier mieux que vous !

 

*rappel du rôle du CSA : Créé par la loi du 17 janvier 1989, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a pour mission de garantir la liberté de communication audiovisuelle en France (…) La loi du 30 septembre 1986 lui confie de larges responsabilités, parmi lesquelles : la protection des mineurs, le respect de l’expression pluraliste des courants d’opinion, l’organisation des campagnes électorales à la radio et à la télévision, la rigueur dans le traitement de l’information, l’attribution des fréquences aux opérateurs, le respect de la dignité de la personne humaine, la protection des consommateurs. De plus, le Conseil est chargé de « veiller à la défense et à l’illustration de la langue et de la culture françaises » sur les antennes. Plus récemment, il a reçu de nouvelles missions : rendre les programmes de la télévision accessibles aux personnes souffrant d’un handicap auditif ou visuel ; veiller à la représentation de la diversité de notre société dans les médias ; contribuer aux actions en faveur de la protection de la santé, etc.

 

Quand la pub nous explose à la figure !

La SDJ de France Bleu soutient la démarche légitime des journalistes de France Bleu Alsace à propos de la publicité pour le grand contournement ouest de Strasbourg.

Un sujet polémique traité par la rédaction auprès des diverses parties. Si l’antenne donne l’impression d’avoir choisi un camp en diffusant ce spot, quelle sera la crédibilité de nos confrères quand ils traiteront le sujet ?

Après la diffusion d’un spot Goodyear sur France Bleu Picardie avant le procès en appel de l’entreprise du même nom à Amiens, c’est un exemple de trop d’un dysfonctionnement de la communication entre nos différents services et de la méconnaissance du travail des rédactions par la régie publicitaire.

Ces incidents entachent gravement la crédibilité du travail journalistique et la relation avec les différents intervenants sur le terrain.

De même, certaines publicités dans des articles sur francebleu.fr amènent bien souvent un souci éditorial aux rédactions et devraient être davantage sanctuarisées.

Sans être dogmatiquement opposé à la publicité, la diversification des pubs sur nos antennes et l’augmentation de leur place jusqu’à des coupures publicitaires à l’intérieur des journaux de 13 heures et de 19 heures pose question.

La SDJ réaffirme sa vigilance sur les problèmes déontologiques qui peuvent en découler et considère que les rédacteurs en chefs devraient être informés en amont des contenus publicitaires.

Pour éviter qu’ils nous explosent à la figure une fois diffusés !

Considérant que ce qui est exceptionnel devient souvent la règle avec cette direction, les SDJ de France Inter, France Info, France Culture et Mouv se joignent à leurs confrères du réseau France Bleu. 

France Bleu : M. Revel, ne décevez pas l’espoir créé par les réunions de l’automne

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M. Revel, ne décevez pas l’espoir créé par les réunions de l’automne

Cher Monsieur Revel, vous arrivez après une saison particulière pour France Bleu. Une saison difficile marquée par une baisse de ses audiences certes, mais surtout par un grand malaise de ses équipes. Malaise que la SDJ dénonce depuis trois ans, en remontant la parole des journalistes auprès de ceux qui occupaient votre poste auparavant. Heureusement, il y a eu l’automne et la renaissance d’un espoir avec ces réunions en région auxquelles la SDJ a été invitée à participer (nous en remercions votre prédécesseur). Elles ont permis d’exprimer à la direction la réalité vécue par les équipes de France Bleu. Une initiative louable qui nécessite maintenant une vraie prise de conscience des difficultés quotidiennes. Et surtout des preuves concrètes qu’elles ont été entendues.

Un petit résumé de ce que vous auriez pu entendre lors de ces réunions

– Les matinales : France Bleu a besoin de changement, vite ! Face au constat d’échec des matinales tout info, anxiogènes et surchargées, la direction affirme que chaque locale a désormais la latitude d’aménager sa grille. La SDJ espère que les cadres locaux se saisiront de cette liberté en concertation avec leurs équipes. Ces dernières ont pu prouver dans ces réunions qu’elles ne manquaient pas de propositions.

– Formations, matériels : on se moque de nous ! La direction a pu constater la bonne volonté des équipes mais elle a aussi pu entendre ce cri du coeur : « Donnez-nous les moyens de faire notre travail correctement !» Ordinateurs dépassés, smartphones obsolètes, matériel fatigué. Sans compter les heures de formations antenne rabotées pour France Bleu ! De nouvelles compétences (multimédia, interactivité…) nous sont demandées mais les moyens de les exercer ne nous sont pas donnés.

– Les moyens : France Bleu est à l’os ! Les explications de Frédéric Schlesinger sur les efforts demandés à France Bleu n’ont pas été convaincantes pour la SDJ.

Au-delà des chiffres, une évidence a été oubliée : toute baisse de budget n’a pas le même impact dans une rédaction locale réduite que dans une rédaction Nationale. Comparons ce qui est comparable. Ainsi 20% de budget cdd en moins en locale, c’est certains jours un tiers de reportage en moins !

Quant à l’argument du poids de France Bleu dans la masse salariale du groupe (34%), il est largement justifié par le rendement de nos équipes. Au printemps 2015 la Cour des Comptes a évalué à un peu plus de 761 euros l’heure de programme sur France Bleu. Contre 7074 à France Inter et 6215 pour France Culture.

Le résultat de ces baisses de moyens, ce sont des antennes appauvries, des grilles que l’on doit aménager pendant les absences des titulaires qui ne peuvent plus être remplacés, moins de présence sur le terrain, là où France Bleu est censée affirmer chaque jour son identité et sa proximité.

La direction affirme que France Bleu doit régler ses ambitions sur ses budgets. Nous lui répondons que cela commence par ne pas abandonner l’ambition éditoriale de France Bleu.

L’identité : ne devenons pas rires et chansons ! Lors des quatre réunions la Direction a ouvertement demandé une antenne plus souriante. Nous savons allier rigueur et bonne humeur à condition une nouvelle fois de nous en donner les moyens. Un journaliste débordé et qui ne va plus sur le terrain est un journaliste déshumanisé.

Nous serons également vigilants à ne pas dénaturer France Bleu en basculant dans l’infotainment et le divertissement que certains cadres recommandent déjà.

France Bleu n’est pas une radio « de complément » comme l’ont entendu les participants aux réunions. Complément de qui ? Avec des personnels et des budgets de compléments du groupe Radio France ? Non elle doit avoir une ligne éditoriale qui lui est propre et des moyens ambitieux d’une radio généraliste !

Plus globalement nous pensons que France Bleu a un rôle à jouer dans cette société en difficulté, grâce à la proximité qu’elle entretient avec ses auditeurs, aux liens qu’elle a réussi à tisser avec chacun d’eux depuis des mois, des années.

Ne réduisez pas à néant cette richesse en pensant que France Bleu doit être une chaine aux programmes low cost et uniquement divertissants.

À vous de jouer !

Vous l’avez compris, monsieur Revel, nous attendons beaucoup de vous.

Ces réunions ont pu faire renaitre l’espoir dans nos équipes. Ne les décevez pas !

Aujourd’hui, nous attendons notamment du nouveau directeur de France Bleu qu’il défende les moyens financiers de France Bleu lors des réunions budgétaires pour une ligne éditoriale et une radio aux ambitions préservées.

Vous avez été présenté comme un homme de dialogue. Sachez, Monsieur Revel, que la SDJ sera toujours prête à apporter son regard, sa connaissance du réseau et sa participation constructive.

Votre prédécesseur nous a dit des mots d’amour,

nous en attendons les preuves.

La SDJ de France Bleu.

iTélé, ce qui fonde la crédibilité du travail des journalistes : leur indépendance

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Communiqué de soutien aux journalistes en grève d’Itélé

Un conflit inédit oppose les journalistes de la chaîne iTélé et leur direction depuis trois semaines. Un conflit inédit car il ne porte pas seulement sur des questions économiques et sociales, mais sur ce qui fonde la crédibilité du travail des journalistes : leur indépendance.

Nous, signataires de ce texte, dénoncerons toujours les défaites de l’Information face aux intérêts des actionnaires qui investissent dans les entreprises de média. A ce titre, la crise que traverse la rédaction d’iTélé est exemplaire et nous regrettons la manière dont les responsables de Canal + jouent la montre en espérant faire céder la rédaction d’iTélé sans jamais avoir tenté de créer les conditions d’un dialogue sur le projet éditorial contesté par les grévistes.

Nous, signataires de ce texte, demandons aux pouvoirs public, au CSA, à la direction d’iTélé et aux actionnaires de la chaîne d’accepter qu’une entreprise de presse et qu’un projet éditorial ne peuvent se développer sans l’adhésion de sa rédaction, de créer les conditions d’un dialogue et de trouver rapidement une issue à cette crise beaucoup trop longue pour les journalistes de la chaîne, ses téléspectateurs et toute la profession.

Sociétés des journalistes des médias signataires :

–          AFP, RTL, BFMTV, France 2, France 24, Franceinfo.fr, Libération, Le Monde, L’Humanité, Le Parisien- Aujourd’hui en France, Sud Ouest, Sud Presse Océan, RFI, France Inter, Médiapart, Premières Lignes, Collectif Informer n’est pas un délit, SNJ Ouest France, Le Figaro

 

Soutien à la rédaction d’iTélé

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Les SDJ de Radio France, de Mediapart et les Sociétés des rédacteurs du Monde, de Libération et de l’Obs apportent leur soutien à la rédaction d’iTélé. La direction du groupe a ouvert une clause de conscience vendredi 14 octobre, à la suite d’une motion de défiance votée par une majorité écrasante de la rédaction. C’est un chantage inacceptable.

Les journalistes d’iTélé s’opposent à l’arrivée de Jean-Marc Morandini sur leur antenne, inquiets des conséquences sur la crédibilité de leur travail. L’animateur a été mis en examen pour « corruption de mineurs » et « corruption de mineurs aggravée », le 23 septembre, dans le cadre d’une enquête pour « harcèlement sexuel et travail dissimulé », toujours en cours.

Si les SDJ de Radio France, de Mediapart et les Sociétés des rédacteurs du Monde, de Libération et de l’Obs rappellent l’importance fondamentale de la présomption d’innocence, qui s’applique évidemment à Jean-Marc Morandini, elles soulignent le caractère particulier de sa fonction et de son exposition et s’inquiètent des conséquences sur le travail des journalistes d’iTélé.

Depuis l’arrivée de Vincent Bolloré à la tête de Canal +, les différentes rédactions du groupe traversent une période agitée et subissent de plein fouet un plan d’économies drastiques.

Dans un tel contexte, les SDJ de Radio France, de Mediapart et les Sociétés des rédacteurs du Monde, de Libération et de l’Obs déplorent qu’un patron de chaîne privilégie une relation privée au détriment de toute une rédaction, dont il refuse d’entendre les objections déontologiques.

Les SDJ de Radio France, de Mediapart et les Sociétés des rédacteurs du Monde, de Libération et de l’Obs