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Où va l’information sur France Culture et France Musique ?

Comme l’an passé, les changements opérés dans l’organisation de la rédaction, en fin de grille, juste avant l’été, suscitent craintes et interrogations.

Les départs des présentatrices des journaux de 8H et de 18H, Amélie Perrier et Tara Schlegel, ont donné lieu à une information extrêmement tardive de la part de la direction de la rédaction. Et les modalités du choix de leurs remplaçants génèrent un trouble certain. Pour le remplacement de la présentatrice du 18H, tout s’est passé en catimini, à la discrétion du directeur de la rédaction et les journalistes ont été placés devant le fait accompli. Pour le remplacement de la présentatrice du 8H, une consultation est ouverte au cœur de l’été.

Ce qui dérange, c’est le manque de cohérence, l’opacité et les décisions unilatérales qui sont, dès lors, perçues non pas comme des décisions managériales mais comme le « fait du prince ». Et vécues comme un profond manque de considération.

Au-delà des questions managériales, plusieurs orientations menacent directement, selon nous, l’identité de nos chaînes, France Culture ET France Musique.

  • Sur France Musique, après une importante réduction de la durée des rendez-vous d’information l’an dernier,  tant en matinale qu’en journée, il a une nouvelle fois été question de réduire la durée du journal proposé en début de soirée. Finalement, le directeur de France Musique nous indique que « le rendez-vous de 19H est bien transféré à 18H, comme c’était envisagé depuis quelques temps », mais qu’il « conserve la même durée : cinq minutes ».

Les décisions passées liées aux durées des journaux reposent sur des études qualitatives auprès d’auditeurs de France Musique. Il en ressortirait notamment un manque d’intérêt des sondés pour l’information. La rédaction de France Culture / France Musique réaffirme son attachement à une offre de qualité concernant l’information sur l’antenne de France Musique. De son côté, le directeur de France Musique affirme qu’il le « souhaite également ».

  •  Sur France Culture, l’information se découperait en petites tranches : la direction a déjà imposé un flash à 17h, alors même qu’il n’existe pas de flashs horaires sur France Culture. L’argument de la direction était, jusqu’à présent, de mettre en valeur le travail de la rédaction, à travers des titres annonçant le journal de 18H. Aujourd’hui, il s’agit bien d’un flash, (ou, selon les termes du directeur de la rédaction, “des titres de l’actualité”), puisque la personne à qui reviendra cette charge pourra difficilement annoncer (une heure avant) le contenu du journal qu’elle ne présentera même pas elle-même… Dès lors, pourquoi 17h plutôt que 16h, 15h, 14h … ? Pourquoi, même, ne pas proposer des flashs à chaque heure ? Ainsi nous marquerions un peu moins encore notre « différence ». En tous cas, cette décision est perçue comme une volonté de gommer notre « spécificité »…
  •  L’instauration d’une revue de presse standardisée à plusieurs entrées, alors même qu’elle a toujours été portée depuis sa création par une singularité éditoriale : une revue de presse exclusivement culturelle, puis une revue de la presse européenne et enfin une revue de presse internationale thématique. A cela, Sandrine Treiner répond que « la différence de France Culture tient au fait d’avoir une revue de presse internationale. Elle est là, la différence ». Il en existe pourtant une sur France Inter, sur RFI, sur France 24. Et la différence tient, justement, au fait qu’aucune d’entre elles n’est thématique.

A travers ces exemples, nous nous interrogeons plus largement sur la volonté de la direction de renier, petit à petit ce qui fait la singularité de la rédaction, et donc l’esprit éditorial d’une chaîne, France Culture, qui s’est toujours honorée à satisfaire la curiosité d’auditeurs qui nous écoutent, précisément, parce que nous sommes différents des autres. Ce qui justifie l’existence d’une rédaction à France Culture, c’est qu’elle propose des éclairages, des angles originaux qui ne sont pas traités par les autres chaînes généralistes, à travers des formats et des propositions qui permettent de nous distinguer. À l’heure des smartphones et de l’information en continue qui noie les citoyens dans un déluge informatif, où toute actualité en vaut une autre, que resterait-il de la rédaction de France Culture si elle se mettait à singer, avec moins de moyens, les autres médias ?

Si tant est qu’on ait envie de conserver une rédaction à France Culture, il faut qu’elle propose une offre différenciée. Dans le cas contraire, comment justifier notre existence au sein du groupe Radio France ? Il en va de la pérennité d’une rédaction singulière. Et nous considérons que les orientations de la direction sont en train de saper sa légitimité. Il en va de l’identité même de France Culture. De son « ADN ». Et surtout de sa raison d’exister, dans un contexte général qui tend soit à la disparition de certaines rédactions (Mouv), soit à la mutualisation des rédactions (Services des sports de France Inter et France Info), soit à une réduction sensible de la part de l’information (France Musique). A cela, Sandrine Treiner répond que « la revendication d’un ADN et d’une identité correspond à des choses politiquement inquiétantes ».

Nous, membres de la rédaction, nous sentons profondément méprisés par de tels propos, qui manifestement tentent de faire basculer le débat sur l’ « identité » de notre chaîne vers un débat « identitaire », au sens politique du terme. Ce qui n’a absolument rien à voir avec ce que nous prétendons défendre.

Notre seul objectif est d’avoir la garantie que la rédaction de France Culture pourra continuer à proposer aux auditeurs un traitement de l’information différencié et de qualité. D’une part, avec des moyens humains et financiers suffisants, et d’autre part, en s’appuyant sur des choix éditoriaux forts et partagés par l’ensemble des journalistes de la rédaction.