Décision du CSA au sujet de Mathieu Gallet

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a décidé de démettre Mathieu GALLET de ses fonctions de PDG de Radio France.

S’il n’appartient pas à la SDJ de Radio France de commenter ce choix, il est difficile de ne pas s’interroger sur la réalité – à tout le moins sur la définition – de l’indépendance du groupe public d’audiovisuel, et du CSA, quand l’exécutif annonce publiquement sa volonté de voir le PDG de Radio France quitter ses fonctions. Et quand l’ouverture d’une procédure par le garant de notre liberté et de notre indépendance se fait au lendemain de cette manifestation médiatique.

Le « respect de la neutralité et du pluralisme » s’applique à tous les journalistes du service public de l’information. Cela fait partie de nos missions. Mais le respect de ces règles déontologiques ne peut être à sens unique. Et l’intervention du politique ne peut qu’instiller le doute sur notre liberté de ton et d’action.

Cette prise de position intervient par ailleurs dans un calendrier tout sauf anodin. Une réforme de l’audiovisuel public a été annoncée pour les prochains mois. Et se prépare donc désormais en l’absence d’interlocuteur pour représenter nos radios, pour défendre nos métiers et le travail de toutes nos rédactions. Cette situation est clairement de nature à fragiliser Radio France.

Alors que s’ouvre une période d’incertitudes pour notre entreprise, et de changements qui pourraient modifier en profondeur nos méthodes de travail et nos offres éditoriales, la SDJ réaffirme donc avec force sa vigilance sur le sort réservé à Radio France, à ses salariés et à notre liberté éditoriale dans le cadre de la réforme à venir. Et rappelle l’impérieuse nécessité de garantir l’indépendance de ses antennes. Nos rédactions comme nos auditeurs méritent cette considération.

Vers le démantèlement de la rédaction de France Culture ?

L’annonce peu avant Noël de la création d’une “direction de l’actualité internationale” à Radio France aura pour conséquence d’amputer chaque rédaction nationale de son service étranger. Celle de France culture va donc perdre d’un coup 5 personnes soit 1/6ème de ses effectifs. Elle se verra privée d’un service spécifique essentiel à sa ligne rédactionnelle car France Culture a toujours fait de l’actualité internationale une dominante de son traitement de l’information.

La direction fait valoir que les journaux continueront d’être alimentés “à la demande” par le nouveau service. Mais comment imaginer que ce nouveau service, qui sera, d’un côté, sollicité de façon dévorante par une chaîne d’information en continu comme France Info et qui, d’un autre côté, devra répondre aux demandes spécifiques de France Inter, répondra également aux requêtes particulières de France Culture ? Il est beaucoup plus probable que ce nouveau service de l’actualité internationale produira des reportages standardisés et clefs en main qui seront mis dans un “pot commun” au sein duquel chaque rédaction sera invitée à piocher. Il ne sera dès lors plus question de spécificité éditoriale du traitement de l’actualité internationale. C’est pourtant cette spécificité, notamment en termes de traitement de l’actualité, qui fait que France Culture gagne chaque année, de façon continue, des auditeurs. Cette spécificité est au cœur du discours de nos responsables mais dans les faits, à travers leurs décisions, elle est ignorée pour ne pas dire foulée aux pieds.

Par ailleurs, comment imaginer que la logique de rationalisation qui préside à la fusion des services de l’actualité internationale ne s’applique pas très prochainement aux autres services ? Ce qui entraînera immanquablement la disparition de nos rédactions telles que nous les connaissons aujourd’hui.

Enfin, cette inclination nous semble être confirmée par la possible suppression du budget destiné au remplacement des journalistes sur leurs périodes de congés qui est semble-t-il envisagée en plus haut lieu. Si cette idée devait se confirmer, cela entrainerait de graves dysfonctionnements dans le traitement de l’actualité selon une logique qui semble implacable : n’étant pas remplacés sur nos congés, nous devrons recourir pour nos journaux à des reportages fabriqués par les autres chaînes plus encore que nous le faisons aujourd’hui. L’argument pourra alors être avancé que France Culture s’adonne à un traitement de moins en moins spécifique et différencié de l’information et justifier le démantèlement de la rédaction.

Dès lors, nous voulons savoir ce qu’il est en est réellement de notre budget de remplacement pour les périodes de congés, et nous nous opposons à la séparation du service international de la rédaction de France Culture.

 

La SDJ France Culture au nom de la rédaction

Chamboule-tout à France Inter: la SDJ sera très vigilante

La SDJ de France Inter prend acte du départ de Jean Marc Four de la Direction de la Rédaction et de son remplacement par Catherine Nayl.

Elle regrette que la décision ait été annoncée le plus tard possible, vendredi 22 décembre, à 18h15, rappelant que cette méthode est devenue récurrente sous cette présidence.

La SDJ espère vivement que le professionnalisme de Catherine Nayl servira France Inter, dont les résultats sont excellents depuis plusieurs mois, quelques soient les supports d’écoutes.

La SDJ note que Mme Nayl a fait l’essentiel de sa carrière à la télévision, dans le privé. Elle s’interroge sur ce profil et espère que la ligne éditoriale de France Inter ne sera pas remise en cause.

La SDJ questionne aussi le choix d’un énième recrutement externe à Radio France, dans un contexte budgétaire extrêmement tendu et alors que Radio France dispose d’un vivier de plusieurs centaines de journalistes.

La SDJ s’étonne par ailleurs de la création d’un département des affaires internationales. Si elle peut comprendre l’utilité d’améliorer la coordination du traitement de l’actualité internationale et de son réseau de correspondants à l’étranger, elle redoute une fusion déguisée des rédactions, sans concertation des journalistes, à l’image de ce qui a été fait pour le service des sports.

La SDJ s’inquiète enfin de l’usage systématique de l’expression “média global” dans les annonces des postes pourvus ces derniers mois. Avec la nomination d’une professionnelle de la télévision privée à France inter et la création d’un troisième service commun à toutes les antennes de Radio France, cette expression interroge.

La SDJ de France Inter sera très vigilante dans les prochains mois afin de sauvegarder l’indépendance éditoriale de France Inter. Elle se fera le relais de tout malaise dans la rédaction.

Soutien à notre confrère agressé en reportage

Ce mardi 19 décembre, un banal reportage s’est soldé par l’agression de notre confrère, reporter en résidence à Aubenas pour France Bleu Drôme-Ardèche. Un vigile d’un grand hypermarché lui a aspergé du gaz lacrymogène à quelques centimètres de l’œil. Agression gratuite selon les images filmées par nos confrères de France Télévisions, c’est clairement le vigile qui va vers le journaliste et non l’inverse.

Quelques minutes plus tôt, il couvrait une opération de militants anti-OGM dans les rayons du magasin. Son travail d’observation et de prise de son avait déjà été perturbé par le service d’ordre de l’enseigne. Le vigile avait effectivement le droit de lui demander de couper le micro dans l’enceinte du magasin. Mais nous considérons que ce droit ne justifie en aucun cas la poursuite agressive de notre confrère, sur le parking du magasin, avec emploi d’une bombe lacrymogène.

Le SDJ France Bleu apporte tout d’abord son soutien absolu à notre collègue, journaliste expérimenté et grandement apprécié, comme le prouve la réaction immédiate de la rédactrice en chef de France Bleu Drôme-Ardèche. Nous souhaitons à notre confrère le meilleur rétablissement physique et surtout psychologique parce qu’on ne sort jamais indemne d’une agression dans l’exercice de son métier.

Cette affaire intervient au terme d’une année 2017 éprouvante pour la profession. En particulier au printemps lorsque certains responsables (?) politiques exhortaient leurs militants à exprimer une haine des journalistes.

La SDJ France Bleu condamne donc cette violence subie par notre confrère en Ardèche et rappelle, puisque besoin est, que notre métier est bien de transcrire une parole plurielle et libre des multiples composantes de la société .

Le Service public audiovisuel, fierté de la République 

Le Service public audiovisuel, fierté de la République 

La SDJ de Radio France déplore le climat délétère propagé ces dernières semaines par des articles de presses, des « fuites » de rapports, des informations approximatives ou des propos violents attribués à des responsables politiques sur l’audiovisuel public.

Ces attaques sont injustifiées et inquiétantes.

Elles relèvent d’une caricature grossière de l’audiovisuel public, s’appuyant souvent sur des arguments exclusivement comptables dénués de contexte et d’analyses des multiples métiers qui composent l’audiovisuel public et de la réalité du travail qui y est exercé.

Elles entretiennent le mythe selon lequel l’audiovisuel public serait une gabegie financière pour fonctionnaires de l’information, à la charge des contribuables français. Et elles interviennent de surcroît dans un climat général de défiance à l’encontre des journalistes, pourtant essentiels au bon fonctionnement de notre démocratie.

La SDJ rappelle que dans le cas de Radio France, c’est l’Etat qui n’a pas respecté le contrat d’objectifs et de moyens qu’il avait signé en 2014, alors que des efforts budgétaires et humains considérables sont déjà à l’œuvre depuis plusieurs années : coupes budgétaires, restructurations de service, non-renouvellements de poste, baisses d’embauche ou des CDD.

Si la SDJ de Radio France entend la volonté d’améliorer la gestion et le fonctionnement de l’audiovisuel public pour qu’il soit mieux adapté aux nouveaux supports de diffusion et mode de consommation de l’information, elle souligne qu’une vaste réforme de l’audiovisuel public ne peut pas être réalisée à marche forcée, sur des bases comptables, sans vision réaliste et porteuse.

La pluralité de l’information est en jeu. N’est-elle pas menacée avec un rapprochement France 3, France Bleu, souhaité par le gouvernement et plus que sérieusement examiné par nos dirigeants ? Mathieu Gallet a évoqué dans la presse des “expérimentations de matinales communes, audio, vidéo et numériques”. Quand, comment et même pour quel intérêt radiophonique ? Pas de réponse… Il serait donc prêt à jouer aux apprentis sorciers avec ces Matinales locales qui bénéficient d’un regain d’audience ? La pluralité de l’information n’est-elle pas menacée, non plus, par l’idée d’une holding hyper centralisée contrôlée par l’Etat, sur le modèle de l’ORTF ? La SDJ estime que les exemples des réformes des médias publics britanniques, canadiens ou allemands ne sont pas une panacée à imiter aveuglément. Une fusion, une confusion des antennes ne manquerait pas de déstabiliser et de fragiliser nos bonnes audiences, y compris sur le Web.

La SDJ de Radio France restera donc vigilante au cours des prochaines semaines et des prochains mois, en attendant de connaitre les intentions précises des directions de Radio France, France Télévision, l’INA et France Media Monde, puis celle de l’Etat.

Elle appelle les pouvoirs publics à ne pas tomber dans le piège d’une fausse réforme, qui privilégierait ce qui est dans l’ère du temps : des économies, rien que des économies – le flux, rien que le flux.

Elle appelle aussi les journalistes et les autres corps de métiers de l’audiovisuel public à ne pas tomber dans le piège tendu par ceux qui provoquent, caricaturent nos métiers ou jettent l’opprobre sur nos structures pour générer des divisions ou des réactions qui faciliteraient ensuite l’imposition d’une réforme draconienne.

La SDJ Radio France

 

” DJ au Macumba “, ” Voix de crécelle “… et déplorable ” couac ” à la DRH

Radio France a, dans ses missions de service public, celle de former et accompagner ceux qui fourniront le contenu éditorial de demain. Il semble que certains rédacteurs en chef ont oublié cette part du contrat.

Au-delà de la fuite, pour le moins malheureuse, des appréciations des écoutes du planning, la SDJ de Radio France tient, ici, à apporter son soutien aux pigistes ayant fait l’objet de critiques plus que lamentables et dégradantes.

Parce que, sans eux, aucune station n’aurait pu assurer le contenu des grilles d’été.

Parce que certains, bien que ” remerciés ” au printemps, ont accepté de revenir pendant les grandes vacances dans l’espoir d’obtenir une nouvelle chance lors des écoutes de septembre.

Parce que ces pigistes veulent incarner l’avenir de la maison, et que celle-ci doit les encourager, et non les dégoûter.

Parce que, encore une fois, il semble difficile d’aborder, dans nos éditions d’actualité, des sujets sociaux, lorsque notre propre groupe traite son personnel de cette manière.

Parce que certains de ces pigistes ont déjà fait une bonne part du chemin, et que d’autres chaînes seront très heureuses de les faire travailler, s’ils ont encore le courage de persévérer.

Parce que l’encadrement semble oublier que l’information est aussi une question de formation, et qu’il a sa part de responsabilité dans les maquettes des candidats.

Il est temps de rappeler à la Direction des ressources humaines que traiter ainsi les pigistes d’aujourd’hui ne peut qu’inquiéter sur l’état d’esprit des rédactions de demain.

La SDJ de Radio France

Où va l’information sur France Culture et France Musique ?

Comme l’an passé, les changements opérés dans l’organisation de la rédaction, en fin de grille, juste avant l’été, suscitent craintes et interrogations.

Les départs des présentatrices des journaux de 8H et de 18H, Amélie Perrier et Tara Schlegel, ont donné lieu à une information extrêmement tardive de la part de la direction de la rédaction. Et les modalités du choix de leurs remplaçants génèrent un trouble certain. Pour le remplacement de la présentatrice du 18H, tout s’est passé en catimini, à la discrétion du directeur de la rédaction et les journalistes ont été placés devant le fait accompli. Pour le remplacement de la présentatrice du 8H, une consultation est ouverte au cœur de l’été.

Ce qui dérange, c’est le manque de cohérence, l’opacité et les décisions unilatérales qui sont, dès lors, perçues non pas comme des décisions managériales mais comme le « fait du prince ». Et vécues comme un profond manque de considération.

Au-delà des questions managériales, plusieurs orientations menacent directement, selon nous, l’identité de nos chaînes, France Culture ET France Musique.

  • Sur France Musique, après une importante réduction de la durée des rendez-vous d’information l’an dernier,  tant en matinale qu’en journée, il a une nouvelle fois été question de réduire la durée du journal proposé en début de soirée. Finalement, le directeur de France Musique nous indique que « le rendez-vous de 19H est bien transféré à 18H, comme c’était envisagé depuis quelques temps », mais qu’il « conserve la même durée : cinq minutes ».

Les décisions passées liées aux durées des journaux reposent sur des études qualitatives auprès d’auditeurs de France Musique. Il en ressortirait notamment un manque d’intérêt des sondés pour l’information. La rédaction de France Culture / France Musique réaffirme son attachement à une offre de qualité concernant l’information sur l’antenne de France Musique. De son côté, le directeur de France Musique affirme qu’il le « souhaite également ».

  •  Sur France Culture, l’information se découperait en petites tranches : la direction a déjà imposé un flash à 17h, alors même qu’il n’existe pas de flashs horaires sur France Culture. L’argument de la direction était, jusqu’à présent, de mettre en valeur le travail de la rédaction, à travers des titres annonçant le journal de 18H. Aujourd’hui, il s’agit bien d’un flash, (ou, selon les termes du directeur de la rédaction, “des titres de l’actualité”), puisque la personne à qui reviendra cette charge pourra difficilement annoncer (une heure avant) le contenu du journal qu’elle ne présentera même pas elle-même… Dès lors, pourquoi 17h plutôt que 16h, 15h, 14h … ? Pourquoi, même, ne pas proposer des flashs à chaque heure ? Ainsi nous marquerions un peu moins encore notre « différence ». En tous cas, cette décision est perçue comme une volonté de gommer notre « spécificité »…
  •  L’instauration d’une revue de presse standardisée à plusieurs entrées, alors même qu’elle a toujours été portée depuis sa création par une singularité éditoriale : une revue de presse exclusivement culturelle, puis une revue de la presse européenne et enfin une revue de presse internationale thématique. A cela, Sandrine Treiner répond que « la différence de France Culture tient au fait d’avoir une revue de presse internationale. Elle est là, la différence ». Il en existe pourtant une sur France Inter, sur RFI, sur France 24. Et la différence tient, justement, au fait qu’aucune d’entre elles n’est thématique.

A travers ces exemples, nous nous interrogeons plus largement sur la volonté de la direction de renier, petit à petit ce qui fait la singularité de la rédaction, et donc l’esprit éditorial d’une chaîne, France Culture, qui s’est toujours honorée à satisfaire la curiosité d’auditeurs qui nous écoutent, précisément, parce que nous sommes différents des autres. Ce qui justifie l’existence d’une rédaction à France Culture, c’est qu’elle propose des éclairages, des angles originaux qui ne sont pas traités par les autres chaînes généralistes, à travers des formats et des propositions qui permettent de nous distinguer. À l’heure des smartphones et de l’information en continue qui noie les citoyens dans un déluge informatif, où toute actualité en vaut une autre, que resterait-il de la rédaction de France Culture si elle se mettait à singer, avec moins de moyens, les autres médias ?

Si tant est qu’on ait envie de conserver une rédaction à France Culture, il faut qu’elle propose une offre différenciée. Dans le cas contraire, comment justifier notre existence au sein du groupe Radio France ? Il en va de la pérennité d’une rédaction singulière. Et nous considérons que les orientations de la direction sont en train de saper sa légitimité. Il en va de l’identité même de France Culture. De son « ADN ». Et surtout de sa raison d’exister, dans un contexte général qui tend soit à la disparition de certaines rédactions (Mouv), soit à la mutualisation des rédactions (Services des sports de France Inter et France Info), soit à une réduction sensible de la part de l’information (France Musique). A cela, Sandrine Treiner répond que « la revendication d’un ADN et d’une identité correspond à des choses politiquement inquiétantes ».

Nous, membres de la rédaction, nous sentons profondément méprisés par de tels propos, qui manifestement tentent de faire basculer le débat sur l’ « identité » de notre chaîne vers un débat « identitaire », au sens politique du terme. Ce qui n’a absolument rien à voir avec ce que nous prétendons défendre.

Notre seul objectif est d’avoir la garantie que la rédaction de France Culture pourra continuer à proposer aux auditeurs un traitement de l’information différencié et de qualité. D’une part, avec des moyens humains et financiers suffisants, et d’autre part, en s’appuyant sur des choix éditoriaux forts et partagés par l’ensemble des journalistes de la rédaction.